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Signification des rêves, nous faisons tous des rêves
plus ou moins
bizarre, comme la chute dans le vide ou le vol dans les airs,
semblent relever d'un (patrimoine onirique collectif). Comment
traduire et
analyser ces rêves ?

L´état physiologique pendant le sommeil ne serait pas étranger au
contenu du rêve. Par exemple le scénario de poursuite serait dû au
relâchement musculaire qui accompagne le sommeil, la sensation de
paralysie déclenchant un désir instinctif de fuite hérité de nos ancêtres
des savanes.
J'ai présenté ici quelques interprétations de rêves-types. Elles ne sont pas
à prendre au pied de la lettre. Elles montrent même, en dévoilant la
polysémie des rêves, la vanité de toute interprétation systématique.
C'est évidemment le contexte individuel et culturel qui donne sens au
rêve.
Toutefois, sans appliquer de manière rigide la systématique freudienne
("lui-même n'y croyait plus guère vers la fin de sa vie ", rapporte le
psychanalyste Gérard Bonnet), ne succombons pas à son abusif reniement.
Le sexe et la mort aimantent les angoisses humaines. Ils pourraient
constituer l'armature d'un patrimoine onirique collectif, toile de fond aux
multiples facettes dont les rêves-types seraient une des expressions.
Mort d'un être proche
Rêver à la mort d'un être proche serait,
pour Freud, l'expression déguisée d'un désir inconscient de cette
mort, désir remontant à l'enfance où cet être était perçu comme un
rival. Ce rêve peut aussi refléter une angoisse d'abandon. C'est le
plus fréquent des rêves récurrents chez l'enfant.
Chute vertigineuse
Le rêve de chute apparaît fréquemment
sous forme d'une "image hypnagogique" à l´éndormissement. Sensation
qui pourrai t s'expliquer par une désactivation soudaine des
neurones. Le cerveau " plonge " littéralement dans le sommeil. Cette
interprétation purement physiologique ne peut toutefois occulter les
résonances psychologiques de la chute, angoisse fondamentale de
l'homme. D'après le psychologue Serge Ginger " le rêve de chute
serait comme une mise en garde permanente, un rappel de
l'inconscient qui révise les dangers qu'il faut toujours avoir à
l'esprit ". Mais la chute peut également s'interpréter au plan
métaphorique. Par exemple une femme peut tomber.. dans les bras d'un
homme. Ce qui fait dire à Freud que la chute symbolise "le fait
d'avoir cédé à une tentation érotique". Chez l'homme, tomber peut
signifier "être avalé par un trou"... angoisse de castration
assurée. L'interprétation jungienne accorde une moindre place à la
sexualité. En effet, les rêves serviraient aussi à compenser les
déficiences de la personnalité. Ceux qui "font des projets
grandioses, sans rapports avec leurs capacités réelles, rêvent
qu'ils volent ou qu'ils tombent." Le rêve doit alors être pris comme
un avertissement. Si l'on n en tient pas compte, de véritables
chutes peuvent se produire. Jung évoque ainsi le cas d'un homme
empêtré dans des problèmes, et qui conçut une "passion presque
morbide pour les formes les plus dangereuses d'alpinisme... Dans un
rêve, il se vit dépassant le sommet d'une haute montagne et mettant
le pied dans le vide". Voyant que l'homme cherchait inconsciemment
une issue définitive à ses difficultés, Jung tenta de le modérer. En
vain. Six mois plus tard, l'homme se tua lors d'une excursion en
montagne. Mais le "grand saut" peut également symboliser un passage
à l'acte positif. Chez un musicien amateur par exemple, il peut
s'interpréter comme un désir de "plonger" corps et âme dans sa
passion.
Des dents qui tombent
Rêver de pendre ses dents a toujours été
considéré comme un présage de mort. Il est vrai que pour nos
ancêtres, la perte des dents accompagnait effectivement la
vieillesse; rien d'étonnant à ce que cette expérience archaïque
intègre l'imaginaire collectif. Mais les dents peuvent aussi
exprimer un retour à l´enfance, période où elles tombent également.
En psychanalyse, l'évocation de cet événement, un des premiers
traumatismes de l'existence, fait parfois resurgir de nombreux
souvenirs. Lorsqu'elles paraissent branlantes, les dents peuvent
renvoyer à "l'onanisme de la puberté", selon Freud. Le symbolisme,
dont il faut bien reconnaître qu'il ne saute pas aux yeux, illustre
un des aspects du travail du rêve: la mise en image du langage. En
effet le terme " branler " s'applique à une dent prête à chuter,
mais aussi.. à la masturbation! Si cette pratique "honteuse" surgit
en rêve, la censure agit : il y a déplacement de l'expression
verbale en direction d'un élément étranger à l' "objet du délit "
:une dent par exemple.. L'analogie est encore plus flagrante dans la
langue de Freud, où se masturber se dit aussi "s'en arracher une ".
Ceci montre en passant la vanité d'un symbolisme rigide qui
prétendrait associer l'appareil dentaire aux organes reproducteurs.
Selon sa dénomination, l'onanisme pourrait être représenté par
divers objets à travers le monde: un fil électrique en Angleterre
("se tirer le câble"), une paille au Venezuela ("se faire une
paille") ou une scie en Italie ("se faire une scie")... A propos de
scie, la perte de dent évoque souvent l'angoisse de castration. Une
association expliquée de manière convaincante par le psychanalyste
Gérard Bonnet: "C'est à l'âge où les garçons prennent conscience de
la différence des sexes et peuvent ressentir l'angoisse de
castration, qu'ils perdent effectivement un élément de leur corps.
Ils se disent inconsciemment: si une dent peut tomber, pourquoi pas
autre chose?"
Nu dans la foule
Vous êtes dans la rue ou dans un
cocktail, devisant tranquillement.. ; soudain, vous découvrez que
vous êtes nu (variante: en slip)! Le public, lui, reste indifférent.
Malgré la gêne qui vous submerge, il faut, selon Freud, interpréter
ce rêve comme un désir d'exhibition, exprimant la nostalgie du
paradis perdu de l'enfance où vous déambuliez dans une innocente
nudité. Pour conjurer le désir coupable envers les parents (complexe
d´Oedipe oblige), la censure écarte du rêve les êtres susceptibles
d'éveiller un désir, et redouble de précautions en y plaçant des
personnages indifférents au spectacle. Mais la nudité peut également
se lire de manière imagée. Le sexe serait le symbole d'un sentiment
intime et profond, dissimulé derrière les atours sociaux. Le rêve de
nudité exprime alors la peur d'être découvert sous sa nature
profonde. Mais parfois, ce que l'on cache c est aussi ce que l'on
désire montrer. " Le sexe est la métaphore du désir ", résume le
psychanalyste Gérard Bonnet, auteur de Voir, être vu (PUF, 1981). La
gêne ressentie dans le rêve s'expliquerait par l'" ambivalence entre
désir et inhibition" : on a souvent honte de nos souhaits profonds.
Dans d'autres cas, "mettre à nu", c'est amener un a événement
refoulé à la conscience. Une métaphore qui illustre le travail de
mise en images du rêve. "Lors d'un traitement psychanalytique, celui
qui fait un rêve d'exhibition est tout prêt de faire une grande
découverte, en jouant sur le double sens de ce mot", révèle Gérard
Bonnet. Cacher ou révéler.. C est aussi le dilemme de l'inconscient
qui, en se projetant sur l'écran du rêve, montre et cache à la fois,
dans une dialectique opposant le caché du contenu latent et le
révélé du contenu manifeste. Ce qui fait dire à Gérard Bonnet que
"tout rêve est un rêve d'exhibition". Et le rêve de nudité, parce
qu'il exprime ce principe sous sa forme la plus caricaturale, serait
le "rêve par excellence".
Nuits de voltige
Voler dans les airs : enfin un rêve
agréable.. On attribue parfois la sensation de planer à la
relaxation physique et mentale pendant le sommeil. Pourtant le
cerveau est autant actif lors du rêve que de l'éveil (ce
qu'attestent les tracés électroencéphalographiques du sommeil
paradoxal). Pour le neurobiologiste Michel Jouvet, le rêve de vol
serait plutôt provoqué par une activation de la sphère vestibulaire,
zone du cerveau associée au sens de l'équilibre. Une hypothèse que
pourrait confirmer l'utilisation de la caméra à positons, en
visualisant l'activation cérébrale. Pour Freud, on s´en doute, le
vol symbolise un septième ciel d'un autre genre. Il exprime des
réminiscences de ces "jeux de mouvements si agréables aux enfants ",
comme le balancement dans les bras des parents ou le transport " à
bras tendus et courant à travers la pièce" . Ces activités
acrobatiques sont censées préfigurer d'autres envolées: s'envoyer en
l'air sur une balançoire serait une orme archaïque de plaisir
sexuel. S'élever au ciel, le pénis le fait aussi : l'érection et le
vol ont ceci de commun qu'ils représentent un véritable défi à la
pesanteur! En témoigne l'image du phallus ailé, courante dans la
mythologie. D'ailleurs si l'érection est associée à la puissance, le
vol est l'apanage de Superman. Mais le septième ciel n'est pas que
sexuel. On peut sublimer. "Le rêve de vol est analogue à certains
rêves où l'on excelle dans un domaine donné, comme le patinage
artistique", précise le psychanalyste Gérard Bonnet. "Voler de ses
propres ailes" peut également représenter un souhait d'émancipation,
d'évasion hors de la réalité, de réalisation d'un désir secret..
Comme ce patient de Gérard Bonnet qui, depuis de nombreuses années,
passe ses nuits à voler: "En fait, il a toujours eu le désir
d'écrire un livre. La plume dont il rêve c'est le stylo. Chez un
autre patient très timide, le vol représentera le fait d'aborder une
fille." Décidément, on n'en sort pas...
Par Antonio Fischetti.
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